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jeudi 12 septembre 2024

Cycle Patrick Aubin (7) : Aventures extra-conjugales / Femmes seules pour un dragueur

Allez, courage, on touche au but ! Avant-dernier volet de cette rétrospective Patrick Aubin avec deux nouveaux films issus de la « queue de comète » de « l’âge d’or » (1982-1983). Au programme : adultères, libertinage et « chômache, gross malheur ! »…


Aventures extra-conjugales (1982)

Avec : Jacky Arnal (Bertrand), Claudia Von Stadt (Jenny), Isabelle Brel (Annie), Cathy Ménard (Clara), Hare Krane (la soumise de Clara).

Bertrand (Jacky Arnal) a du mal à satisfaire sexuellement sa femme Jenny (Claudia Von Stadt). Celle-ci prétexte un deuil familial pour rejoindre son amant pendant quelques jours. Bertrand se retrouve libre et va enchainer les rencontres coquines : la femme d’un copain et son amie (Cathy Ménard et Hare Krane), une vendeuse de livres (Isabelle Brel), une ancienne élève ou encore un couple d’amis qu’il héberge pour une nuit.

Le grand dadais Jacky Arnal (et sa petite moustache…), vocalement doublé par Hubert Géral, est donc le héros de cette histoire de couple qui se trompe pour mieux se retrouver. Rien de nouveau sous le soleil, donc. Beaucoup d’acteurs et actrices ne sont pas crédités ni identifiables, au sein d’un casting renouvelé, signe du changement d’époque. C’est comme les équipes de foot, le personnel des « fast-foods » ou le gouvernement français, y’a beaucoup de « turn-over » ! Les « figures » sont habituelles, juste « pimentées » par une double-pénétration (Arnal et le couple d’amis) et ce qui est possiblement un clin d’œil au Echanges de partenaires de Lansac (Arnal prend son ancienne élève allongée sur une moto et tenant le guidon, comme le faisait Olivia Flores dans le film sus-cité). La fabuleuse Cathy Ménard, sous-utilisée, ne fournit pas sa meilleure prestation. C’est plutôt Claudia Von Stadt qui tire les marrons du feu avec un doigtage anal par son amant et une gorge profonde sur Arnal. Comme de coutume, les participant(e)s baisent sur commande et ne pensent qu’à ça, tout conflit est gommé et les infidélités sont pardonnées et même encouragées, Von Stadt proposant à Arnal un ménage à trois avec son ancienne étudiante. Ah, si ça pouvait être pareil dans la « vraie vie », les tribunaux jugeant les affaires de divorces seraient désengorgés…

Allo, Eric ? Je suis en train de me faire « grand-remplacer » et ma foi, c'est pas désagréable...



Femmes seules pour un dragueur (1983)

Avec : Dominique Aveline (Jean), Claudia Von Stadt (Marie-Ange), Maria Faifer (Chantal), Isabelle Brel (Violette), Carole Piérac et Jacky Arnal (le couple sur la route), Masha (la femme au vidéo-club).

Jean (Dominique Aveline) se fait renvoyer par son patron car il se faisait trop pressant sur Chantal, la dactylo (Maria Faifer). Désormais oisif (donc libre), il n'ose avouer la chose à sa femme Marie-Ange (Claudia Von Stadt) et erre dans Paris. Il se met alors en « recherche active » de… conquêtes féminines.

Alors tout d’abord encore un grand bravo aux gars d’Alpha France pour le titre sur la jaquette… Femmes seules pour un drageur… « Drageur », vraiment ? C’est celui qui fabrique les dragées ? No comment… On retrouve à nouveau Claudia Von Stadt, Isabelle Brel et Jacky Arnal mais c’est Dominique Aveline, lui aussi post-synchronisé par Hubert Géral, qui tient le rôle principal. Il est donc Jean, un homme qui se fait licencier pour harcèlement sexuel sur la dactylo (alors que c’est elle qui s’est jetée sur lui puis l’a dénoncé pour ne pas perdre elle-même sa place)… Voilà qui fait écho à notre époque, où les affaires de ce type ressortent en masse (Depardieu, PPDA et même… l’Abbé Pierre !) mais aussi à celle du film. 1983, c’est en effet le « tournant de la rigueur », les « restructurations » (euphémisme pour « désindustrialisation »), le « chômage de masse » et bientôt les Restos du Cœur… Le scénario rappelle un peu celui des Petites filles de Leroi (la rencontre dans un cinéma porno, le jeu au Loto en lieu et place du Tiercé…), même si là, la désertion du salariat était volontaire. Le résultat est toutefois le même : notre homme se retrouve à errer et à profiter de cette nouvelle liberté. Pour une fois que le porno délaisse les grands bourgeois oisifs pour aborder, même en surface, le monde du travail, on ne va pas s’en plaindre. Complètement à contre-courant de l’actuelle doxa dominante productiviste, je ne puis que me réjouir de voir un homme sortir de l’aliénant joug économique pour jouir - c’est le cas de le dire - de son temps libre retrouvé. Pour en revenir au film, Aveline assure « comme une bête », pas étonnant qu’on le surnommait « le Martien » ! Il va aller de rencontres en rencontres, dans un vidéo-club porno, en draguant dans la rue, sur la route… Et alors qu’il était sur le point d’avouer la perte de son emploi à sa femme (Claudia Von Stadt), il gagne au Loto. Une vraie chance de cocu ! Et c’est effectivement le cas puisque Von Stadt, sujette à des rêves érotiques sado-maso, se fait draguer… par un ami libertin d’Aveline. Dès lors, vous aurez deviné de vous-même le prévisible dénouement : les deux époux se retrouvent par surprise dans la partouze finale regroupant tous les protagonistes. A l’arrivée de sa femme, Aveline, en plein « effort », lâche : « Je suppose que tout commentaire est superflu ? ». Et oui, « il vaut mieux faire que dire », comme diraient Alfred de Musset et, dans une variante (« Nous allons davantage agir que parler »),… Michel Barnier...

On est cinq, on ne va pas pouvoir jouer à la belote, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire ?

mercredi 31 juillet 2024

L’initiation d’une femme mariée / Les bas de soie noire


Et voilà, pour la vague de rééditions DVD des « grands classiques » Alpha France par Blue One, c’est terminé. Et comment mieux finir en beauté qu’avec deux des meilleurs Tranbaree ? A l’instar de Claude François, il s’est arrêté quand il commençait à s’améliorer. Sauf que contrairement au chanteur… survolté (sic) à la voix de porte qui grince, c’est de son plein gré qu’il mit un terme à ses productions pornographiques, en grande partie en raison du SIDA naissant. Deux films-sommes, aux castings pléthoriques et qui abordent de nombreux thèmes phares de la sexualité / pornographie : l’initiation, le fétichisme, le libertinage, le voyeurisme. Coup de projecteur.  

L’initiation d’une femme mariée (1983)

Avec : Cathy Ménard (Babeth), Richard Allan (Simon), Elisabeth Buré (Victoria), France Lomay (Brigitte, la tenancière du club échangiste, rôle non hard), Piotr Stanislas (le baron), Marie-Christine Chireix (Dominique, la secrétaire de Simon), Alban Ceray, Evelyne Lang, Carole Piérac, André Kay, Claude Valmont, Vic Samama, Alain L’Yle, Carole L’Yle (des échangistes), Cathy Stewart (Christiane).

L’initiation d’une femme mariée n’est pas le dernier film pornographique français tourné en 35mm. Mais c’est le dernier film X du prolifique Claude Bernard-Aubert (Burd Tranbaree) et il est considéré comme étant le dernier « grand film » du genre, signant de facto la fin de son « âge d’or » (1975-1983). Est-ce un hasard s’il est sorti la même année, en 1983 donc, que l’avènement du funeste « tournant de la rigueur » (une soi-disant « parenthèse » qui ne s’est jamais refermée depuis) ? Il peut m’arriver d’avoir l’âme « complotiste » mais oui, la pornographie ne revêtant aucun enjeu (géo)politique majeur, il s’agit d’une simple coïncidence tout juste bonne à nous faire détester davantage encore cette maudite année charnière, rien de plus. Mais revenons à nos moutons. Pour son dernier tour de piste, l’ami Burd a mis les petits plats dans les grands et s’est surpassé. Alors oui, c’est comme bien souvent avec lui du cul quasi non-stop (mais s’inscrivant toutefois dans une trame narrative) rythmé par les bandes-son de son fidèle compositeur Alain Goraguer (sous pseudo Paul Vernon), arrangeur pour Gainsbourg et Ferrat (y’a pire, non ?). Bien sûr, cet exubérant étalage de chair nue et cette suite quasi ininterrompue de coïts en tout genre pourront paraitre à certains aussi indigestes qu’un Kouglof mais il faut le voir comme une troupe faisant ses adieux à la scène lors d’une ultime représentation. L’époustouflante Cathy Ménard au regard bleu azur trouve là son plus grand rôle avec celui du Bourgeoise et… pute de Kikoïne. Elle est Babeth, une femme qui s’ennuie et peu portée sur les choses du sexe. Au grand dam de son mari Simon (Richard Allan) qui lui a une libido débordante et qui ne manque pas d’exprimer sa frustration devant cet état de fait (« La vie idéale, c’est la vie de la poêle à frire : le cul au chaud, le ventre plein et la queue dans la main de la cuisinière ! », réplique « masterclass »). Il la trompe (avec sa secrétaire, une voisine, bref, avec tout ce qui traine…), elle le suit, l’espionne et… ça l’excite. Dès lors, elle va peu à peu se laisser convaincre par son époux d’emprunter le chemin du plaisir en mettant un peu de « piment » dans leur vie sexuelle. Ces jeux les mèneront au Bois de Boulogne, où elle joue à la pute et lui au client, à une partie à trois avec une autre femme (cette infatigable travailleuse qu’est Elisabeth Buré) et jusque dans des fêtes échangistes. Une valeur quasi documentaire puisque ces lieux de débauche frénétique ont existé et existent probablement toujours. Cathy Ménard nous gratifie de sa première (seule ?) sodomie à l’écran, avec Allan, lors de la soirée masquée finale. Babeth et Simon finiront par organiser eux-mêmes des parties fines à leur domicile. On n’est jamais aussi mieux servi que par soi-même. Et puis ça évite les transports et les embouteillages…

Au bal, au bal masqué ohé, ohé...


Les bas de soie noire (1981)

Avec : Christina Schwartz (Patricia), Elisabeth Buré (Jeannette, une domestique), Claude Loir (Vincent, le riche châtelain), Guy Royer (Albert, un domestique), Richard Allan (Victor, un domestique), Dominique Saint Claire (Judith), Hélène Shirley (Elisabeth), Hubert Géral (Bernard / un domestique), Dominique Aveline (Bertrand), Cathy Stewart (Julie, une domestique), Nadine Roussial (Françoise, l’amie de Bertrand), Gabriel Pontello (Jean-Louis), Mika Barthel, Laura Clair, Cyril Val et Piotr Stanislas (les invités).

Autre super-production, aux casting et décors luxueux, Les bas de soie noire est également un classique du genre par la multitude de thèmes qu’il brasse : l’initiation sexuelle d’une jeune femme, le fétichisme (lié aux bas de soie noire, comme l’indique le titre), le voyeurisme, le libertinage, les domestiques… Et influent avec ça, la leçon sera retenue par Jean Rollin et Marc Dorcel pour leur Parfum de Mathilde de 1994 tourné en vidéo (avec Draghixa et Julia Chanel). La jeune Patricia (Christina Schwartz) arrive au château de Vincent (Claude Loir), chargé par la mère de celle-ci de parfaire l’éducation de sa fille. Les domestiques mettront « la main à la pâte ». Parallèlement, le château accueille des couples pour des soirées libertines où les bas de soie noire sont mis à l’honneur. Patricia sera dans un premier temps voyeuse, grâce aux miroirs sans tain et trous dans les murs, avant de participer elle-même à ces ébats. Le casting est pléthorique, en dehors de Marilyn Jess, Alban Ceray et Jean-Pierre Armand (qui sont plutôt « Team Kikoïne »), « ils sont venus, ils sont tous là » : Buré, Saint Claire, Shirley, Stewart, Roussial, Barthel, Clair chez les dames (le charme français dans toute sa splendeur), Allan, Royer, Aveline, Pontello, Géral, Stanislas, Val chez les messieurs. Thèmes aidants, il y a un peu plus de mise en ambiance érotique que d’habitude et la bande-son offre une belle alternance entre mélopées au piano et jams guitaristiques ou séquences reggae plus enjouées. Parmi les scènes notables, celle où Schwartz se voit offrir pour le petit-déjeuner… trois queues (Allan, Royer et Géral). Il faut bien que le « métier » rentre, c’est en forgeant qu’on devient forgeronne… Et la double pénétration de Mika par Géral et Stanislas. Cette dernière illumine l’écran de sa sensualité et sa féminité explosive, de même que Dominique Saint Claire. Nadine Roussial se fait un peu prier au début (« Je ne suis pas fétichiste ») avant de « les vouloir tous ». Et tout finit comme à chaque fois ou presque par une partouze réunissant aussi bien invité(e)s que domestiques. La caméra de Tranbaree papillonne de « fleurs en fleurs », en plan rapproché, dans un maelström sonore où s’entrechoquent tous les thèmes musicaux. Encore de la belle ouvrage.



En résumé, en conclusion, deux « masterpieces » de Tranbaree et du X français, à posséder absolument.