Ce blog se propose de faire un panégyrique (forcément non-exhaustif) de "l'âge d'or" du cinéma pornographique français, cette "parenthèse enchantée" s'étendant du milieu des années 70 jusqu'au début des années 80, de la libération sexuelle post-68 à l'arrivée de la vidéo et du Sida. Un cinéma en 35 mm (et 20 cm...), avec poils et sans silicone, injustement "ghettoïsé" par l'inique "loi X" de 1975.
« La pornographie est un art dont les artistes sont parfois incompris. » (Michel Ricaud)
« J’essaie de faire en
sorte que le jour de ma mort soit le plus beau jour de ma vie. »
Les aléas de l’algorithme
Youtubien m’ont orienté vers ce documentaire consacré à Claude Loir et diffusé
sur ARTE (ce n’est évidemment pas sur une chaine privée qu’une telle chose
pourrait l’être…). Une vie et quelle vie ! Faite de blessures (père
absent, mère peu aimante, homosexualité non acceptée…), de rencontres et de
plaisirs débridés. Et qui embrassera, dans les années 70, la libération
sexuelle et l’explosion du cinéma porno. Essentiellement gay bien sûr mais
aussi hétéro sous le pseudo de Ghislain Van Hove, en particulier chez Burd
Tranbaree qui lui offrira le premier rôle dans La rabatteuse et La perversion d’une
jeune mariée, tous deux avec notre Brigitte nationale. Le témoignage très
touchant d’un homme qui l’est tout autant.
« J’adore ça, je ne
vivrai jamais assez vieux pour tous les voir ! »
Ah, sacré Maurice (Pialat, NDLR), t’es comme moi… A vrai dire, il n’y a
pas grand-chose sur Terre que j’aime autant que ça. La musique, la bonne bouffe
et les voyages (en France et en Europe – dont la partie Ouest de la Russie –,
pas au-delà), c’est à peu près tout. Ceci dit, tant mieux, finalement. Car
comme l’alcool ou les aliments gras et sucrés (tout ce qui est bon, quoi…), la
pornographie est hélas à consommer avec modération. Et puis y’en a tellement
eu, vous imaginez, impossible de tous les voir. A défaut, on pourrait se
contenter des meilleurs. Oui mais comment faire pour séparer le bon grain de
l’ivraie ? C’est là qu’entrent en jeu l’excellent Christophe Bier et
vingt-cinq collaborateurs, dont deux femmes, Sérène Delmas et Britt Nini (« Qu’est-ce
qu’un bon film porno ? Ils sont tous biens. Il n’y a pas de critère. »).
Ils ont répertorié pour nous la totalité des films pornographiques (y compris
gays) tournés en pellicule (ce qui exclut de fait la vidéo) entre 1974 et 1996.
Auxquels ils ont joint des films érotiques, pour aboutir à 1813 longs-métrages
français. Un parti pris que je regrette. En effet, un film porno, y’a pas de
doute, on sait ce que c’est (le très nul Baise-moi, ici présent, étant un cas
un peu à part). Un film érotique, c’est déjà plus subjectif (Bier lui-même
regrette après coup de n’avoir pas intégré Le Genoude Claire d'Éric Rohmer).
Quoi qu’il en soit, certains risqueraient la syncope en découvrant que Calmos,
Le dernier tango à Paris, 37°2 le matin, Cet obscur objet du désir ou Lesgalettes de Pont-Aven côtoient Suce-moi salope, L’infirmière n’a pas de culotte
ou J'ai trèsenvie de nymphettes à sodomiser dans un même ouvrage ! Je me
suis donc offert ce pavé d’environ 1200 pages. Encore près de cent balles
dépensées mais quand on aime, on ne compte pas. Il aura nécessité treize ans
d’efforts. Aucune illustration. Chaque film fait l’objet d’une description
détaillée avec fiche technique, distribution, synopsis, critique, éventuelles
anecdotes, date de sortie, salles d’exclusivité, titre(s) alternatif(s) et
verdict de la Commission de classification des œuvres cinématographiques (Alfred
Barbariche – ce nom ! –, qui en était visiblement le secrétaire, revient
avec insistance). On se délectera des avis outrés (lorsque l’interdiction
totale est préconisée, quand ça tourne autour du viol, de l’inceste, du SM, ce
genre…) ou parfois délivrés sur le ton de la plaisanterie de cette dernière
ainsi que de la réjouissante vulgarité outrancière de nombreux titres. Ou de
celle, plus égocentrique, de la pionnière Sylvia Bourdon (un sacré numéro,
celle-là !) dans un film-enquête dont le titre m’échappe, où elle déclare « aimer
l’odeur de ses pets » (!). Et quel plaisir de voir ces films critiqués
aussi sérieusement que le seraient ceux dits « traditionnels ». Mais
par quel bout (sic) prendre cette somme d’informations, ce monde fascinant fait
de débrouille (les films faits à partir de stock-shots d’autres films, les
budgets faméliques…), ce morceau d’histoire, les plus grands films de ce genre
maudit étant circonscrits entre, grosso modo, 1974 (début du septennat Giscard,
fin de la censure puis « rétropédalage » avec la « loi X »
devant le déferlement des œuvres pornographiques) et 1983 (début du règne du
« mythe errant » et répression accrue avec application stricte de
ladite loi, jusqu’ici habilement contournée, arrivées de la vidéo et du Sida) ?
Premier réflexe : vérifier si l’avis des rédacteurs érudits sur les films
chroniqués sur ce blog diverge (et diverge, c’est… oui, je sais, elle est
facile) du mien. Dans l’ensemble, on est plutôt raccord, notamment sur des
chefs-d’œuvre incontestables (Le droit de cuissage, Mes nuitsavec…, Parties
fines, La femme objet…) ou la filmo de Francis Leroi. Par contre, Dans lachaleur de Saint-Tropez est vu comme « un parfait exemple du mauvais
goût des années 80 pour les sociologues du futur ». Malheureusement,
pas de « top » récapitulatif des films les plus appréciés des
chroniqueurs en fin d’ouvrage, il faudra donc « aller à la chasse »
par soi-même pour découvrir les « pépites » méconnues du genre. Alors
autant y aller par ordre alphabétique et lire ce dico comme un bouquin
classique, du début à la fin. Un signet nous aidera à marquer la page où nous nous
sommes arrêtés précédemment. Outre les célèbres réalisateurs mentionnés sur ce
blog (Kikoïne, Tranbaree, Lansac, Leroi, Barny, Aubin, Lemoine, Fleury, Rollin,
Caputo, Davy), on découvre d’autres stakhanovistes tels Alain Payet, José
Benazeraf, Anne-Marie Tensi, Henri Sala, Lucien Hustaix, Claude Pierson, Pierre
B. Reinhard, Gilbert Roussel, Jean Luret ou encore Pierre Unia. Bref, y’a de
quoi faire… Ah, au pays des « fromages (et aussi, de plus en plus, des
idées…) qui puent » et dans ce monde qui devient irrespirable, que cette
période insouciante (j’étais trop jeune pour la vivre pleinement), ce cinéma
hédoniste, libertaire, subversif et potache (bien qu’également ambigu) me manquent !
Nous n’aurions jamais dû nous aventurer au-delà de 1982. Ce tour de force est
donc aussi une formidable machine à remonter le temps.
C’est avec stupéfaction (nonobstant
leur âge de 79 ans chacun) que j’ai appris, à intervalle proche et par deux
blogs de cinéphiles que je consulte régulièrement, la disparition de deux
figures de la pornographie française. Pourtant très peu évoquées sur ces pages,
essentiellement centrées, je le rappelle si besoin en était, sur les
productions de la firme « au fer à cheval » de Francis Mischkind
(Alpha France) pour laquelle elles n'ont pas travaillé. Jean-François
Davy, tout d’abord, décédé le 2 mai dernier, veille de son 80ème
anniversaire. L’homme, qui en cette époque des « mid-seventies »
ressemblait un peu au rugbyman français Sébastien Chabal (barbe, cheveux longs,
physique imposant), est surtout connu pour son plus gros succès, le film-enquête
présenté à Cannes en 1975 Exhibition, avec Claudine Beccarie, qui fit se
déplacer pas moins de 3,5 millions de spectateurs dans les salles obscures. Il
enchainera, avec moins de succès, par d’autres productions du même style (les
suites Exhibition 2 et Exhibition 79, Prostitution, Les Pornocrates). Avant de
se lancer dans la pornographie, il avait réalisé des « polissonneries »
ayant rencontré un écho favorable au box-office : Bananes mécaniques et
Prenez la queue comme tout le monde (plus d’un million d’entrées chacune en
1973). Le reste de sa filmographie, constitué essentiellement de comédies (avec
des acteurs du genre Bernard Menez, Henri Guybet, Daniel Ceccaldi ou, plus
récemment,… Jean-Marie Bigard, no comment), est beaucoup plus dispensable (euphémisme).
Mais c’est surtout dans la production et l’édition vidéo lors de l’essor de la
VHS (pornographiques ou non) que Jean-François Davy s’activa.
De Jean-Pierre Bouyxou, journaliste,
critique, réalisateur, acteur et scénariste qui s’est éteint ce 2 septembre,
lui aussi à 79 ans, je sais bien peu de choses. Comme pour Davy, sa fiche
Wikipedia, peu fournie et que je ne vais pas retranscrire ici, informera les
personnes intéressées sur son parcours. Notons toutefois qu’il fût un fidèle
compagnon de route du réalisateur Jean Rollin, en tant qu’assistant, que ce
soit sur ses films X ou d’horreur.