« J’adore ça, je ne
vivrai jamais assez vieux pour tous les voir ! »
Ah, sacré Maurice (Pialat, NDLR), t’es comme moi… A vrai dire, il n’y a pas grand-chose sur Terre que j’aime autant que ça. La musique, la bonne bouffe et les voyages (en France et en Europe – dont la partie Ouest de la Russie –, pas au-delà), c’est à peu près tout. Ceci dit, tant mieux, finalement. Car comme l’alcool ou les aliments gras et sucrés (tout ce qui est bon, quoi…), la pornographie est hélas à consommer avec modération. Et puis y’en a tellement eu, vous imaginez, impossible de tous les voir. A défaut, on pourrait se contenter des meilleurs. Oui mais comment faire pour séparer le bon grain de l’ivraie ? C’est là qu’entrent en jeu l’excellent Christophe Bier et vingt-cinq collaborateurs, dont deux femmes, Sérène Delmas et Britt Nini (« Qu’est-ce qu’un bon film porno ? Ils sont tous biens. Il n’y a pas de critère. »). Ils ont répertorié pour nous la totalité des films pornographiques (y compris gays) tournés en pellicule (ce qui exclut de fait la vidéo) entre 1974 et 1996. Auxquels ils ont joint des films érotiques, pour aboutir à 1813 longs-métrages français. Un parti pris que je regrette. En effet, un film porno, y’a pas de doute, on sait ce que c’est (le très nul Baise-moi, ici présent, étant un cas un peu à part). Un film érotique, c’est déjà plus subjectif (Bier lui-même regrette après coup de n’avoir pas intégré Le Genou de Claire d'Éric Rohmer). Quoi qu’il en soit, certains risqueraient la syncope en découvrant que Calmos, Le dernier tango à Paris, 37°2 le matin, Cet obscur objet du désir ou Les galettes de Pont-Aven côtoient Suce-moi salope, L’infirmière n’a pas de culotte ou J'ai très envie de nymphettes à sodomiser dans un même ouvrage ! Je me suis donc offert ce pavé d’environ 1200 pages. Encore près de cent balles dépensées mais quand on aime, on ne compte pas. Il aura nécessité treize ans d’efforts. Aucune illustration. Chaque film fait l’objet d’une description détaillée avec fiche technique, distribution, synopsis, critique, éventuelles anecdotes, date de sortie, salles d’exclusivité, titre(s) alternatif(s) et verdict de la Commission de classification des œuvres cinématographiques (Alfred Barbariche – ce nom ! –, qui en était visiblement le secrétaire, revient avec insistance). On se délectera des avis outrés (lorsque l’interdiction totale est préconisée, quand ça tourne autour du viol, de l’inceste, du SM, ce genre…) ou parfois délivrés sur le ton de la plaisanterie de cette dernière ainsi que de la réjouissante vulgarité outrancière de nombreux titres. Ou de celle, plus égocentrique, de la pionnière Sylvia Bourdon (un sacré numéro, celle-là !) dans un film-enquête dont le titre m’échappe, où elle déclare « aimer l’odeur de ses pets » (!). Et quel plaisir de voir ces films critiqués aussi sérieusement que le seraient ceux dits « traditionnels ». Mais par quel bout (sic) prendre cette somme d’informations, ce monde fascinant fait de débrouille (les films faits à partir de stock-shots d’autres films, les budgets faméliques…), ce morceau d’histoire, les plus grands films de ce genre maudit étant circonscrits entre, grosso modo, 1974 (début du septennat Giscard, fin de la censure puis « rétropédalage » avec la « loi X » devant le déferlement des œuvres pornographiques) et 1983 (début du règne du « mythe errant » et répression accrue avec application stricte de ladite loi, jusqu’ici habilement contournée, arrivées de la vidéo et du Sida) ? Premier réflexe : vérifier si l’avis des rédacteurs érudits sur les films chroniqués sur ce blog diverge (et diverge, c’est… oui, je sais, elle est facile) du mien. Dans l’ensemble, on est plutôt raccord, notamment sur des chefs-d’œuvre incontestables (Le droit de cuissage, Mes nuits avec…, Parties fines, La femme objet…) ou la filmo de Francis Leroi. Par contre, Dans la chaleur de Saint-Tropez est vu comme « un parfait exemple du mauvais goût des années 80 pour les sociologues du futur ». Malheureusement, pas de « top » récapitulatif des films les plus appréciés des chroniqueurs en fin d’ouvrage, il faudra donc « aller à la chasse » par soi-même pour découvrir les « pépites » méconnues du genre. Alors autant y aller par ordre alphabétique et lire ce dico comme un bouquin classique, du début à la fin. Un signet nous aidera à marquer la page où nous nous sommes arrêtés précédemment. Outre les célèbres réalisateurs mentionnés sur ce blog (Kikoïne, Tranbaree, Lansac, Leroi, Barny, Aubin, Lemoine, Fleury, Rollin, Caputo, Davy), on découvre d’autres stakhanovistes tels Alain Payet, José Benazeraf, Anne-Marie Tensi, Henri Sala, Lucien Hustaix, Claude Pierson, Pierre B. Reinhard, Gilbert Roussel, Jean Luret ou encore Pierre Unia. Bref, y’a de quoi faire… Ah, au pays des « fromages (et aussi, de plus en plus, des idées…) qui puent » et dans ce monde qui devient irrespirable, que cette période insouciante (j’étais trop jeune pour la vivre pleinement), ce cinéma hédoniste, libertaire, subversif et potache (bien qu’également ambigu) me manquent ! Nous n’aurions jamais dû nous aventurer au-delà de 1982. Ce tour de force est donc aussi une formidable machine à remonter le temps.

Je suis intrigué et réfractaire à la fois )) Le parti pris les pornos peuvent être évoqués à travers le même prisme que n'importe quel autre genre de films me refroidit un brin. Parce que ce principe de base est faux. Les pornos ne s'analysent pas comme de "simples" films, même si certains films peuvent s'analyser comme des pornos. Il y a une connivence entre le spectateur et le porno, un préambule qui instaure une idée de second degré, une forme de visionnage surréaliste qui sublime la médiocrité des moyens, l'absence d'intrigue, la pauvreté de l'interprétation et souvent de la réalisation. Le cinéma d'horreur est dans ce cas également, l'un et l'autre demandent une implication du spectateur, une nécessité de jouer le jeu, de s'émerveiller dans un cas, de se mettre en condition de terreur dans l'autre.
RépondreSupprimerInclure Le dernier tango à Paris dans un dictionnaire érotico/porno, c'est comme dire que Michael Jackson est représentatif du heavy metal parce qu'Eddie Van Halen joue le solo de beat it.
J'ai bien peur qu'une fois encore, on est eu besoin d'intellectualiser le sujet plutôt que de l'évoquer pour ce qu'il est.
Salut,
SupprimerQuand je dis que les films X sont ici critiqués "comme les autres films", je voulais dire que le simple fait d'en parler, de les répertorier était une forme d'hommage, de non-mépris.
Après, si c'est ce que tu soulève et pour ce que j'en ai lu, ils peuvent encenser un film fauché sans scénario ou en massacrer un autre "richement" scénarisé, éclairé, photographié, y'a pas de règle. Tout dépend des attentes de chacun, d'une idée, d'une intention qu'un spectateur a repéré alors qu'un autre pas, etc...
Le mieux serait que tu en lises quelques feuilles avant de l'acquérir mais je doute que tu le trouve en emprunt dans une médiathèque municipale (c'est ce que j'aurais fait)... :-)
Tu as raison, on ne juge pas un livre à sa couverture et je tacherai de le feuilleter à ma prochaine venue à Toulouse.
SupprimerJ'ai quand même un a-priori sur ce type d'approche quel que soit le sujet. Je serais plus tenté par une somme de témoignages qui nous plongent au cœur du contexte dans son ensemble comme dans The Other Hollywood (édition Allia) consacré au porno US.