samedi 27 juillet 2024

Je suis à prendre / Parties fines


Deux des films, sinon les films, les plus emblématiques de la carrière hard de Brigitte Lahaie, dont son préféré (Je suis à prendre) et même de tout le porno français sur un même DVD ! De quoi se réjouir ? N’allons pas si vite en besogne. Il est vrai que rarement films X auront fait preuve d’autant d’ambition (Frédéric Lansac est hors concours) et auront été réalisés et photographiés avec autant de soin. Mais cela suffit-il ? C’est ce que nous allons voir.

Je suis à prendre (1978)

Avec : Brigitte Lahaie (Hélène), Patrice Cuny (Bertrand), Karine Gambier (Maguy, la bonne), Jean-Pierre Armand (Hector, le palefrenier), Robert Leray (Ralph, le majordome), Lydie, Sophie Bulle, Geneviève Hue, Christel Lauris, Dominique Aveline, Toni Morena, Gérard Grégory (les membres du club « Le cheval fou »).

Je suis à prendre, le grand classique de Francis Leroi, voit cet iconoclaste frondeur tenter un ambitieux pari esthétique, tout en poursuivant sa critique acerbe de la société bourgeoise et catholique. Hélène (Brigitte Lahaie) se marie avec Bertrand, un riche châtelain (Patrice Cuny… un nom prédestiné 😂). C’est l’amour fou mais une fois au château, Bertrand s’absente régulièrement pour se rendre… dans un club libertin. Sans avoir oublié au préalable de demander à ses domestiques (Karine Gambier, Robert Leray et Jean-Pierre Armand) de servir quotidiennement à son épouse un verre de lait… mélangé à un puissant aphrodisiaque. Dès lors, Hélène est victime de violentes pulsions sexuelles auxquelles lesdits domestiques sont ravis de répondre. Bertrand pourra alors présenter Hélène aux membres de son club et tout ce petit monde partouzera dans la joie et l’allégresse.

Leroi dynamite l’institution du mariage en la confrontant à la débauche du libertinage. Comme dit plus haut, le film fait preuve d’un grand professionnalisme et d’une grande richesse formelle. La bande-son est adéquate avec notamment des violons grinçants (j’en ai entendu de semblables dans un Resnais, si ma mémoire ne me joue pas des tours…) et les scènes sexuelles sont tournées dans un silence tout juste perturbé par des râles discrets, ce qui accentue leur réalisme (cela change des Kikoïne…). Malheureusement, celles-ci sont peu excitantes, en particulier celles avec le septuagénaire Robert Leray, dont les pénétrations me semblent simulées (pas de gros plan). Restent la fameuse scène où Brigitte et Jean-Pierre Armand baisent sur les feuilles mortes à proximité de leurs chevaux ou les interventions de la toujours plantureuse blonde platine Karine Gambier dans l’un de ses meilleurs rôles. D’autre part, le film manque un peu de rythme à mon goût. Bref, si je loue l’effort sur la mise en scène, les aspects esthétiques, le jeu des comédiens et le scénario, je n’ai pas trouvé ce film si transcendant. Leroi a fait bien plus audacieux et je reste donc sur mon tiercé Couples voyeurs et fesseurs / Les petites filles / La servante perverse.

Qu'est-ce que je vais pouvoir faire de ça...


Parties fines (1977)

Avec : Maude Carolle (Alice, la bonne), Brigitte Lahaie (Solange), Patrice Chéron (Pierre), Jacques Gatteau (Jean, l’accordéoniste malvoyant), Alban Ceray (M. Finch), Sylvie Dessartre (Miléna), Guy Royer (Hector, le chauffeur), Michèle d'Agro (Greta, l’auto-stoppeuse), Richard Bigotini (un promeneur, rôle non hard), Chantal Juin (Alice âgée, rôle non hard).

Tourné chez… Monsieur « si on n’a pas de Rolex à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie » (l’horripilant Jacques Séguéla), Parties fines (ou Indécences 1930) est le premier film porno réalisé par Gérard Kikoïne, après qu’il en ait monté plusieurs pour Frédéric Lansac ou Michel Barny. Et pour un coup d’essai, ça a tout du coup de maître. Alice (Maude Carolle), se remémore son passé de bonne chez M. Pierre (Patrice Chéron, doublé pour le hard hors cunnilingus) et Mme Solange (Brigitte Lahaie, brune). L’action se déroule en 1930 (d’où le titre). Ce couple bourgeois cache bien des secrets. Monsieur a des penchants sadomasochistes avec sa maîtresse Miléna (superbe Sylvie Dessartre) tandis que Madame ne rechigne pas aux plaisirs onanistes, ce qui est aussi le cas d’Alice quand elle ne s’active pas sur le chauffeur Hector (Guy Royer). Un jour, Pierre prétexte un dîner d’affaires pour rejoindre Miléna. Pendant son absence, Alice reçoit son frère Jean, un accordéoniste quasi aveugle (Jacques Gatteau), accompagné de l’énigmatique Monsieur Finch (Alban Ceray). Ce dernier, qui a une dent contre les gens de la « haute » et le sexe opposé, va très vite se montrer entreprenant avec la gent féminine et plutôt menaçant vis-à-vis de cette pauvre Solange qu’il humiliera à maintes reprises : elle va passer un sale quart d’heure…

Pour son premier hard, « Kiko » se laisse aller à toutes les obscénités langagières et tous les écarts comportementaux (introductions diverses et variées, dont doigts et même rognons, scènes sadomaso…) et c’est… jubilatoire. Le film joue sur différents niveaux (sexuel, social) de domination / soumission : Chéron se fait rabaisser et traiter comme un chien (dans tous les sens du terme) à sa demande par sa maîtresse tandis que Lahaie subira les outrages des invités-surprises et de sa bonne (sodomie - doublée, of course -, ingurgitation de rognon préalablement introduit dans son vagin…). Et les rôles sont inversés, renversés, Chéron échangeant son poste avec son chauffeur et Lahaie prenant la place de sa bonne sous les ordres de Ceray. Le casting est parfait, avec des comédiens sans doute tout heureux d’interpréter de vrais personnages : Maude Carolle, à la gouaille toute « titi parisienne », Gatteau en accordéoniste à la vision plus que trouble, Brigitte en bourgeoise guindée qui finira par se dérider sous les « coups de boutoir » de Ceray (qui mieux que lui pour incarner ce mélange naturel d’élégance et d’autorité ?). La musique est parfaitement raccord avec l’époque et l’ambiance (musette, french cancan). Dommage qu’après deux ou trois autres films dans cette veine satirique avec scénarios assez élaborés (dont l’excellent L’infirmière), Kikoïne fera preuve de moins d’exigence et se dirigera vers une pornographie plus tournée vers « l’entertainment » pur, privilégiant la forme au fond, même s’il sut aussi exceller dans ce domaine.

Allez, assez rigolé, passons aux choses sérieuses...

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